Transmédialité du conte


Colloque
Jeudi 19 octobre 2017 au Palais Universitaire, salle Fustel de Coulanges à Strasbourg
et
Vendredi 20 octobre 2017 à l'ESPE, site de la Meinau à Strasbourg

 

Entrée libre, sur inscription
INSCRIPTION

 

À l’orée du XXe siècle, Georges Méliès, contrairement aux frères Lumière, réalisateurs de films réalistes, a souhaité adapter des contes à l’écran. L’intérêt pour un auteur de cinéma était multiple. D’une part, il  pouvait avoir accès gratuitement à une réserve d’histoires libres de droits. D’autre part, il pouvait donner libre cours à sa fantaisie et distraire son public par l’intermédiaire de ces histoires patrimoniales et intemporelles dont la féérie se prête à toutes les interprétations. L’animation cinématographique allait bientôt prouver qu’elle pouvait parfaitement se mettre au service de la fantasmagorie du conte et donner ainsi à l’imaginaire le moyen de se déployer grâce aux performances de la technique. Qui n’a en mémoire la remarquable adaptation que Jean Cocteau fit, en 1946, de l’œuvre de Madame Leprince Beaumont, La Belle et la Bête, ou encore celle que Jacques Demy fit de Peau d’Âne de Charles Perrault en 1970 ? Plus récemment, le cinéaste américain Tim Burton, sut s’inspirer de ce patrimoine littéraire pour réaliser Edward aux mains d’argent en 1991.

Dès 1937, les studios Disney produisent, quant à eux, un dessin animé  Blanche Neige et les sept nains, qui remporte un immense succès et sera suivi, du vivant de Walt Disney, de seize autres films d’animation dont la plupart sont adaptés de contes occidentaux. Rien n’a endigué depuis lors le succès de ces films. Et aujourd’hui,  la vidéo sphère s’est à son tour emparée de ce patrimoine pour l’intégrer à des jeux vidéo et décliner ensuite, à partir de ces jeux, quantités de produits dérivés en direction du jeune public. Les développeurs belges de Tale of Tales, par exemple, se sont  spécialisés dans le domaine, notamment avec The Path (2009 – PC) fondé sur l’histoire du Petit Chaperon Rouge. Il s’agit pour les joueurs de prendre tour à tour les commandes de plusieurs sœurs, afin de traverser une forêt sombre hantée par un étrange loup. Pour sa part, la production de séries télévisées n’a pas été en reste, et l’on peut au moins mentionner « Once Upon a Time » (2011 – E. Kitsis et A. Horowitz) et la moins connue série animée « Les contes de la rue de Broca » (1995 – A. Jaspard et C. Allix) adaptée de l’œuvre de Pierre Gripari...

Le  matériau littéraire du conte est issu de la tradition orale et donc en perpétuelle évolution. Il offre aux nouveaux moyens narratifs que sont le cinéma, le dessin animé, la série télévisée et le jeu vidéo de larges possibilités de transposition médiatique. Qu’elles soient littérales, métaphoriques ou dans l’air du temps, les mises en images de Blanche-Neige, Hansel et Gretel, le Petit Chaperon Rouge ou Aladin, par exemple, ont donné lieu à des lectures variées, inspirées ou classiques, humoristiques ou oniriques, décalées ou fantaisistes. Les traitements pluriels des cinéastes et des concepteurs de jeux vidéo prouvent encore aujourd’hui la puissance évocatrice de ces histoires d’un autre temps. Ces différentes adaptations ont le premier mérite de garder le genre du conte vivant permettant aux jeunes contemporains de découvrir, avec ces histoires venues du fond des âges, un patrimoine fondamental de l’humanité. Elles ont cependant d’autres buts parfois moins avouables qui ont à voir d’une part avec le souci toujours prégnant de rentabilité de notre société de consommation et, d’autre part, avec la manipulation sociale d’un jeune public malléable, ce que permet à grande échelle la mise en images de certaines histoires.